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Les plantes simples : l'héritage oublié des herboristes, des moines et des guérisseurs

  • 17 janv.
  • 6 min de lecture


Avant les pharmacies modernes, avant les molécules de synthèse et même avant l'apparition de la médecine telle que nous la connaissons aujourd'hui, les hommes se tournaient vers les plantes pour se nourrir, se soigner, se protéger et accompagner les grands moments de leur existence.

Ces plantes étaient appelées les « simples ».


Pendant plus de deux millénaires, elles ont constitué la base de la médecine, de l'alimentation, des soins quotidiens et parfois même des pratiques spirituelles. Cultivées dans les jardins monastiques, récoltées dans les campagnes ou transmises par les herboristes, les simples occupent une place centrale dans l'histoire de la relation entre l'homme et le monde végétal.

Aujourd'hui, alors que l'on redécouvre les bienfaits des plantes, des tisanes, de la phytothérapie ou encore de la fumigation, les simples retrouvent progressivement leur place dans notre quotidien.



Que sont les plantes simples ?


Le terme « simple » provient du latin simplicis herba, qui signifie littéralement « herbe simple ».

Dans l'Antiquité puis au Moyen Âge, on qualifiait ainsi les plantes utilisées seules pour leurs propriétés, par opposition aux préparations complexes élaborées par la médecine savante.

Une simple pouvait être employée :

  • en infusion ;

  • en décoction ;

  • en cataplasme ;

  • en onguent ;

  • en fumigation ;

  • en poudre ;

  • en macération.

À l'origine, le mot ne désignait pas uniquement les plantes. Un remède simple pouvait également être d'origine animale ou minérale. Cependant, avec le temps, l'expression est devenue indissociable des plantes médicinales.



Une histoire vieille de plusieurs millénaires


L'utilisation des plantes médicinales remonte aux premières civilisations.

Les plus anciens témoignages connus proviennent de Mésopotamie. Vers 3000 avant notre ère, les Sumériens gravaient déjà sur des tablettes d'argile des recettes utilisant le myrte, le thym, le saule ou encore le chanvre.

Quelques siècles plus tard, l'Égypte ancienne développe une connaissance remarquable du monde végétal.

Le célèbre Papyrus Ebers, rédigé vers 1550 avant J.-C., recense plusieurs centaines de remèdes à base de plantes, de résines et d'extraits naturels.

Les Grecs puis les Romains enrichissent à leur tour ces connaissances.

Des figures comme :

  • Hippocrate ;

  • Théophraste ;

  • Dioscoride ;

  • Galien ;

posent les bases de la pharmacopée occidentale pendant plus de quinze siècles.

Le traité De Materia Medica de Dioscoride, rédigé au Ier siècle, restera une référence jusqu'à la Renaissance.



Les moines, gardiens des plantes médicinales


Après la chute de l'Empire romain, une grande partie du savoir botanique européen est préservée dans les monastères.

Les moines copient les manuscrits antiques, observent les plantes et développent de véritables jardins médicinaux appelés :

  • herbularius ;

  • hortus medicus ;

  • jardin des simples.

Ces jardins deviennent le cœur de la médecine monastique.

On y cultive notamment :

  • la sauge ;

  • le thym ;

  • la mélisse ;

  • l'hysope ;

  • l'angélique ;

  • la rue ;

  • le fenouil ;

  • le romarin.

La règle de saint Benoît encourage déjà les communautés religieuses à prendre soin des malades.

Le célèbre plan de Saint-Gall, datant du IXe siècle, montre l'organisation idéale d'un monastère avec son jardin des simples situé à proximité de l'infirmerie et de l'apothicairerie.



Hildegarde de Bingen et le grand livre des simples


Parmi les figures les plus importantes de l'histoire des plantes médicinales figure l'abbesse allemande Hildegarde de Bingen (1098-1179).

Visionnaire, naturaliste et guérisseuse, elle rédige le Liber Simplicis Medicinae (Livre des simples médecines).

Cet ouvrage décrit près de 300 plantes, arbres, animaux et minéraux utilisés à des fins thérapeutiques.

Encore aujourd'hui, son travail influence de nombreux herboristes et praticiens des médecines naturelles.



Les herboristes, guérisseurs et cueilleurs


Pendant des siècles, les simples sont également transmises par les herboristes, les guérisseurs, les sages-femmes et les cueilleurs.

Leur savoir repose autant sur l'observation de la nature que sur les traditions locales.

Chaque région possède ses plantes emblématiques et ses usages particuliers.

La cueillette sauvage constitue alors une activité essentielle.

Les plantes récoltées dans leur milieu naturel sont souvent considérées comme plus riches et plus puissantes que celles cultivées au jardin.



Les simples entre science et symbolisme


Durant le Moyen Âge et la Renaissance, les plantes sont souvent interprétées selon la « théorie des signatures ».

Cette conception considère que la forme, la couleur ou l'habitat d'une plante indiquent son usage thérapeutique.

Ainsi :

  • la pulmonaire, dont les feuilles évoquent les alvéoles pulmonaires, est utilisée pour les affections respiratoires ;

  • le saule, qui pousse dans les zones humides, est recommandé contre les douleurs articulaires ;

  • la chélidoine, dont le latex est jaune, est associée au foie ;

  • la noix est parfois reliée au cerveau en raison de sa forme.

Certaines de ces croyances se révéleront inexactes, tandis que d'autres trouveront plus tard une explication scientifique.

Le saule, par exemple, contient naturellement des salicylates, ancêtres de l'aspirine moderne.



Les grandes plantes simples de la tradition européenne


Certaines plantes ont acquis au fil du temps une réputation exceptionnelle.

La sauge

Son nom vient du latin salvare, qui signifie sauver ou guérir.

Au Moyen Âge, un proverbe affirmait :

« Pourquoi mourrait l'homme qui possède de la sauge dans son jardin ? »

La sauge est probablement l'une des plantes médicinales les plus emblématiques de l'histoire européenne.

L'achillée millefeuille

Connue pour ses propriétés cicatrisantes, elle était utilisée pour les blessures et les plaies.

Selon la tradition, Achille lui-même l'aurait employée pour soigner ses soldats.

L'armoise

Très présente dans les traditions populaires européennes, elle accompagnait les voyageurs et entrait dans de nombreuses préparations protectrices.

Le romarin

Plante de mémoire, de purification et de soin, le romarin était fréquemment utilisé lors des épidémies.

La mélisse

Réputée pour ses propriétés apaisantes, elle est à l'origine de la célèbre Eau de Mélisse des Carmes.

L'angélique

Surnommée parfois « racine du Saint-Esprit », elle était considérée comme une plante protectrice durant les grandes pestes.



Les simples et la fumigation


Bien avant l'apparition des diffuseurs modernes, de nombreuses simples étaient utilisées sous forme de fumigation.

On brûlait notamment :

  • la sauge ;

  • le romarin ;

  • le genévrier ;

  • l'armoise ;

  • le thym ;

  • la lavande.

La fumée végétale accompagnait aussi bien les soins que les rites religieux ou les gestes du quotidien.

Durant les grandes épidémies, les fumigations servaient à assainir les lieux selon les connaissances de l'époque.

Aujourd'hui encore, cette pratique connaît un regain d'intérêt.

Les bouquets de fumigation composés de plantes françaises s'inscrivent dans cet héritage ancien qui relie l'homme aux ressources naturelles de son territoire.



La disparition puis le retour des simples


La révolution industrielle et le développement de l'industrie pharmaceutique modifient profondément le rapport aux plantes.

À partir du XIXe siècle, les médicaments de synthèse remplacent progressivement une grande partie des remèdes traditionnels.

Les simples sont alors souvent reléguées au rang de « remèdes de grand-mère ».

Pourtant, au cours du XXe siècle, les progrès de la recherche permettent d'identifier de nombreux principes actifs présents dans les plantes médicinales.

La phytothérapie moderne naît alors de la rencontre entre savoirs traditionnels et validation scientifique.



Le renouveau des simples aujourd'hui


Depuis plusieurs années, les simples connaissent un véritable renouveau.

On les retrouve :

  • dans les jardins de particuliers ;

  • dans les conservatoires botaniques ;

  • dans les formations en herboristerie ;

  • dans la phytothérapie ;

  • dans les pratiques de bien-être ;

  • dans les traditions de fumigation.

Cette redécouverte traduit une volonté de renouer avec des savoirs anciens et avec une relation plus directe au monde végétal.

Elle s'inscrit également dans une démarche de respect de la biodiversité, de valorisation des plantes locales et de transmission des connaissances populaires.



Les simples, un patrimoine vivant


Les plantes simples ne sont pas seulement des remèdes du passé.

Elles témoignent d'une histoire commune entre l'homme et la nature.

Des jardins monastiques aux herboristes de campagne, des manuscrits de Dioscoride aux travaux d'Hildegarde de Bingen, elles racontent plusieurs millénaires d'observation, d'expérimentation et de transmission.

Aujourd'hui encore, elles continuent d'inspirer ceux qui cherchent à réintroduire davantage de nature dans leur quotidien.

À travers les tisanes, les jardins médicinaux, les plantes aromatiques ou les bouquets de fumigation, les simples demeurent un patrimoine vivant qui relie passé, présent et avenir.


panier en soier contenant des plantes simples

Bibliographie

  • Dioscoride, De Materia Medica

  • Hildegarde de Bingen, Liber Simplicis Medicinae (Physica)

  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle

  • Hippocrate, Corpus hippocratique

  • Pierre Lieutaghi, Le Livre des Bonnes Herbes

  • Pierre Lieutaghi, La Plante Compagne

  • François Couplan, L'Herbier à croquer

  • Gérard Ducerf, L'Encyclopédie des Plantes Bio-indicatrices

  • Jean-Marie Pelt, Des plantes et des hommes

  • Michel Botineau, Guide des plantes médicinales

Sources

  • Wikipédia : « Simples » et « Jardin des simples »

  • Encyclopédie Universelle : Abbaye et jardin des simples

  • Inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel de France : pratiques de cueillette des plantes médicinales

  • Papyrus Ebers (Égypte ancienne)

  • Travaux historiques sur les jardins monastiques médiévaux

  • Archives relatives au plan de Saint-Gall

  • Recherches sur l'histoire de la phytothérapie et de l'herboristerie européenne

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